Les CJBistes analysent The world is not enough

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Commander Bond
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Les CJBistes analysent The world is not enough

Message par Commander Bond » 19 juil. 2011, 23:43

The world is not enough est pour moi le meilleur film de l'ère Pierce Brosnan. C'est aussi, je pense, celui où l'ambiance est la plus proche de celle des romans.

Pierce Brosnan n'est à mon avis jamais totalement rentré dans le personnage. Je trouve qu'il sous-joue le rôle dans Goldeneye et Tomorrow never dies, où, excepté dans quelques scènes comme quand il découvre qui est Janus au dépôt de statues soviétiques ou quand Paris Carver rentre dans sa chambre, il ne lui donne pas assez de relief. Dans The world is not enough et Die another day, je trouve que c'est l'inverse. Il surjoue certaines scènes et tente de trop bien faire. Par exemple, quand il tue Elektra King, il montre les dents et force le geste. C'est pas naturel et c'est dommage. Autrement, je trouve que c'est sa meilleure prestation en James Bond, mais tout est relatif.

C'est dans ce film que les situations sont les meilleures, grâce à un scénario et une mise en scène énergiques et bien ficelés qui laissent place aux émotions, aux réflexions, et qui instaurent une ambiance tout à fait particulière. L'enterrement de Robert King, le première partie du prégénérique en Espagne, ou encore le meurtre de Sasha Davidov sont des scènes où l'on découvre un James Bond plus humain, plus impulsif aussi, mais surtout justement interprété par Pierce Brosnan. J'aime aussi beaucoup le moment où James Bond se brise l'épaule, car ça aura une influence sur une bonne partie du film, et ce n'est pas un handicap oublié comme par exemple la balle qu'il se prend dans la jambe dans Thunderball. Ici, James Bond souffre non seulement physiquement (il est torturé), mais pas seulement. Il doute sur Elektra King et est atteint psychologiquement. Ce sera récurrent dans tous les films de l'ère Brosnan (son ancien ami dirige un syndicat du crime, une de ses anciennes conquêtes est la femme d'un magnat des médias, la femme qu'il aime mène un double jeu, et M ne lui fait plus confiance après qu'il ait été détenu en Corée du nord).

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Les personnages sont également assez bons. Elektra King, bien qu'étant un bon personnage, est assez mal interprétée par une Sophie Marceau fade et ne variant pas ses expressions. Dommage, car avec une meilleure actrice, le film serait monté d'un cran. Renard, l'homme insensible à toute douleur physique qui voyage dans les plus beaux pays du monde (Corée du Nord, Afghanistan...), a tout du personnage assez cinglé pour être atypique sans pour autant virer au n'importe quoi. La scène où la femme de la montgolfière préfère ce suicider plutôt que d'avoir affaire à lui est toute significative de l'horreur de ce type. C'est toujours le même procédé qui a servi déjà maintes fois avec par exemple Dr No, Blofeld, ou Franz Sanchez. Valentin Zukovsky, dont le rôle était assez bref dans Goldeneye, revient ici avec cette fois une part plus importante dans l'intrigue. C'est un personnage attachant qui provoque l'empathie, surtout quand James Bond l'empoigne et le plaque au mur avec un pistolet sur le visage. On ne croit pas à sa culpabilité dans l'affaire. Et on aura la preuve que c'est un homme au grand cœur quand il tirera sur la machine à torture pour libérer le poignet de James Bond.

The world is not enough c'est aussi l'un des films les plus émouvants. La mort de Valentin Zukovsky est du même acabit que celle de Quarrel, Kerim Bey, Saunders ou Vijay. La dernière participation de Desmond Llewelyn, qui trouvera la mort peu de temps après la sortie du film dans un accident de moto, est aussi l'un des plus tristes moments du film. La manière dont il dit adieu à James Bond, juste après l'avoir engueulé est parfaite, avec cet échange de regard appuyé. R est un successeur parfait pour le rôle, interprété par un John Cleese complètement délirant. M, quant à elle, vit ce qu'a vécu Q dans Licence to kill, c'est à dire une exposition plus importante dans l'intrigue.

Le film est également accompagné de la meilleure bande son de David Arnold sous l'ère Brosnan. La chanson titre de chantée par le groupe Garbage est quant à elle parfaite, totalement dans le ton du film avec une mélodie aux accents Bondiens.

Alors où sont les défauts ? Christmas Jones ? Non. Le personnage est certes assez spécial, mais je ne crois pas qu'il soit mauvais. Christmas Jones a certes un physique de bimbo, mais elle fait le boulot qu'on lui demande de faire, et de ce point de vue là, elle assure plus que Sophie Marceau. Bull ? C'est un personnage grotesque, mais c'est fait exprès. Non, le problème, c'est la scène dans le sous-marin. La mort de Renard n'est pas à la hauteur du personnage, et les "Jaaaaames !" de Christmas Jones sont insupportables. Le film dérape à partir de la mort d'Elektra King en fait, scène surjouée au passage par Pierce Brosnan.

Finalement The world is not enough est un bon James Bond qui utilise bien les principaux éléments des meilleurs films de la saga, et reprend assez fidèlement l'ambiance des romans, en l'actualisant pour cette fin du vingtième siècle, où le personnage a si bien marqué ses cinquante dernières années. Quand on voit le niveau de Die another day, on se dit que l'ancienne saga aurait très bien pu s'arrêter là. De ce fait, elle aurait au moins fini en beauté.

Que pensez-vous de The world is not enough ?
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Marine One
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Re: Les CJBistes analysent The world is not enough

Message par Marine One » 01 sept. 2011, 19:33

The world is not enough est le meilleur film de James Bond depuis The living daylights. C'est le film de la maturité pour Pierce Brosnan dans le rôle. Tous les ingrédients selon Fleming sont réunis. Une femme superbe et fourbe dont Bond tombe amoureux. Un "vilain" pas beau et machiavélique doué en plus de capacités physiques hors norme. Le chef du SIS est exposé, son intégrité physique est menacée et l'affaire touche "M" jusque dans son cercle de proches. Un vieil allié est de retour pour assister 007, mais il fait partie du complot de façon indirecte. Le scénario colle au plus près de la réalité géopolitique de l'époque, avec la construction d'un oléoduc qui traverse l'Azerbaïdjan, en ayant même un train d'avance sur celle-ci.
Le casting est impeccable, la réalisation est exempte de défauts majeurs et mieux encore de fautes d'inattention flagrantes, inhérente à toute production d'envergure. Le choix de Sophie Marceau est judicieux face à Pierce Brosnan qui a pris de l'épaisseur physiquement, et qui peut enfin habiter le personnage psychologiquement. Le couple fonctionne dans les scènes intimistes comme dans les scènes d'action. Marceau a le charisme nécessaire, elle peut rivaliser en séduction et même en terme d'intimidation et manipulation.
Le retour de Robbie Coltrane est un moment d'anthologie et même sa mort est magistrale. Le choix de Robert Carlyle est plus intelligent qu'il n'y parait pour certains. Il est frêle physiquement ce qui est un paradoxe intéressant puisqu'il ne ressent plus la douleur. Il est même chaque jour plus fort, du fait de la balle qui migre lentement vers la partie du cerveau qui lui sera fatale. Cette idée même est digne de Fleming ! Le raffinement de la mort est à son comble.

Evidemment, il y a Denise Richards... Impossible de ne pas en parler. Pourquoi elle ? Pourquoi dans ce rôle ? Un cadeau au public teenager americain ? On peut dire ce que l'on veut, Fleming aurait adoré cette idée. Une jeune femme terriblement sexy mais dotée de compétences particulières, ce n'est certainement pas qu'au cinéma que cela existe, heureusement, mais ce n'est absolument pas inédit dans l'oeuvre littéraire d'origine. Fleming met toujours dans les bras de 007 une femme qui a une force de caractère hors norme (Tiffany Case), une sensualité particulière (Honey Rider et son corps sculptural mais ayant le nez cassé), des compétences professionnelles établies (Gala Brand qui dans le roman des années 50 époque peu favorable et de loin ! aux femmes est l'élément avancé de la Special Branch infiltrée profondément dans le dispositif de Drax). Que Denise Richards soit plus une comedienne qu'une actrice de l'ampleur de Marceau, personne ne dira le contraire ! N'étant pas un expert des Cahiers du cinéma ni de l'Actor's studio, je la positionne toutefois devant Bibi Dahl et Stacy Sutton sans même parler de Goodnight. Elle est la caution sexy du film en réponse à la sophistication de Marceau qui s'adresse aux hommes plus mûrs disons. En regardant le film en VO sa prestation est nettement meilleure.

J'ai beaucoup de mal à trouver des défauts à ce film mais le final est indiscutablement raté. Qui aime bien châtie bien. Le final de ce film méprise totalement, comme dans Tomorrow never dies les lois de la physique. Dans les deux films, les paliers de décompression en plongée sont superbement ignorés ! Dans Tomorrow, après un HALO jump, Bond plonge à une profondeur qui justifie le port de l'Omega Seamaster, pour remonter ensuite comme une flèche. C'est pareil ici. Après un combat qui manque (justement !) de souffle dans les tréfonds du sous-marin, Bond manipule allègrement des barres de plutonium à pleines mains près du réacteur du sous-marin. Bond est devenu un héros Marvel ! Il va devenir Green Lantern ou Flash Gordon car les radiations ne l'atteignent pas ! Et après cet exploit qui fait pâlir les ouvriers de Fukushima, il remonte à pleins poumons vers la surface...
La scène finale avec la dinde de Noël, pardon avec le docteur Christmas est aussi insupportable tant l'utilisation du fameux "fond vert" est criant.

Toutefois, je ne renie rien de mon avis, The world is not enough est un très grand film de la saga et le meilleur de Brosnan.

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Re: Les CJBistes analysent The world is not enough

Message par 007jamesbond » 01 sept. 2011, 23:58

Alors là cette analyse est très bonne !! Je suis entièrement d'accord avec toi sur tous les points !
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Re: Les CJBistes analysent The world is not enough

Message par Olricc_ » 06 nov. 2011, 21:01

A propos de The world is not enough

Après un Tomorrow never dies brouillon, Pierce Brosnan revient pour son troisième film en tant que 007. Et il est clair que The world is not enough est une réussite. Brosnan offre là sa meilleure prestation : plus créatif, plus investi et plus crédible. Une prestation tout à fait innovante puisque c'est peut-être pour la première fois que le personnage de Bond souffre autant et que cela se voit. Et cela n'est pas dû forcement au sur-jeu de l'acteur principal, c'est dû tout simplement au fait que pour la première fois, Brosnan a tout compris. Des choses désagréables resurgissent pour Bond comme la mort de Tracy implicitement rappelée par Elektra King lorsqu'ils se rencontrent. La possibilité d'être trahi lui est carrément insupportable et c'est ce qui fera le moteur du film. Alors lorsqu'il découvre qu'il a été bel et bien trahi et ce par la femme qu'il aimait, il entre dans une colère noire et dans cette envie d'en faire baver et ça, heureusement, Brosnan le transmet comme il le fallait. Lorsque il est torturé, la haine l'habite et cela se voit... alors lorsque Valentin Zukovsky lui libère le poignet juste avant de mourir, Bond ne peut être que reconnaissant. L'échange de regard entre les deux est incroyable je trouve ; la meilleure scène du film. L'envie d'en faire baver est transmise lorsque il tue avec rage celle qui l'a trahi quelques minutes après. Et c'est avec ce sadisme et ce rictus digne d'un fou que celui-ci annonce la mort d'Elektra à Renard. Bond n'étant pas connu pour avoir ce comportement si sadique, c'est la raison pour laquelle j'avance que l'approche du personnage faite par Brosnan dans le film est tout à fait innovante.

En dehors de cela, The world is not enough s'appuie beaucoup sur le personnage de M pour la première fois mis en valeur. En effet, le spectateur voit un peu ce qui se cache sous de la carapace de la patronne de 007 et cela apporte beaucoup à l'intrigue en elle-même. Elle semble regretter des erreurs passées et se sent responsable de ce qu'est devenu la fille de Robert King. Dame Judi Dench joue cela à la perfection. Une femme donc qui fait preuve d'introspection et qui n'est pas aussi intransigeante qu'elle ne veut le paraître. Pour le reste de la distribution, quasiment rien à redire. Robbie Coltrane incarne cet amical Zukovsky qui nous offre le plus bel adieu de la saga, Sophie Marceau est trop linéaire dans sa façon d'interpréter mais sa diction est irréprochable, Denise Richards est utile au film et son jeu n'est pas désagréable et même Goldie apporte sa pierre à l'édifice. L'arrivée de Cleese offre un beau moment d'humour à l'anglaise. Mais là ou le film fait défaut, c'est sur l'importance donné au rôle de Robert Carlyle. En effet, il est dommage et regrettable qu'il se fasse voler la vedette par sa partenaire. Trop centré sur elle a mon goût car cela à empêché au méchant principal de s'imposer pleinement.

Malgré cela, ce film est aussi réussi techniquement. Les prestations musicales de David Arnold sont excellentes. Il y a un vrai travail derrière et la modernisation du thème principal est tout à fait réussie, sans tomber dans le lourdingue ou dans l'extravagant. Le scénario tient la route ; presque aussi bon que celui du film précédent. La réalisation est soignée et les quelques improvisations de Pierce Brosnan apportent vraiment quelque chose de créatif au film. Les lieux sont insolites, nouveaux (sous-marin, pipe-line) et les scènes d'actions ne prennent pas le dessus sur le film ce qui est très bien. Le pré-générique est parfait. La chanson de Garbage qui suit est superbe et les images en elles-mêmes de ce générique sont magnifiques et en accords avec l'univers du film.

En résumé, The world is not enough est un film très psychologique même s'il ne paraît pas l'être. Pierce Brosnan a pour une fois tout compris et cela se voit à travers sa prestation. Bond est vu sous un jour différent. Plus impartial, plus affecté et plus investit que jamais. L'action du film est bien gérée, la musique donne du rythme à l'ensemble et les personnages sont passionnants. Un formidable adieu à Q et à Zukovsky qui aurait dû marqué la fin de l'ère brosnanienne et la fin de la saga. Bref, ce 19ème film aurait dû être le dernier avant le reboot de 2006.

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